Cette nouvelle est tirée du recueil de nouvelles Une autre façon d’aborder l’Étrange. C’est une vision moderne, futuriste et écologique de la fable de Jean de La Fontaine, « Le Lion et le Rat ». Une expérience de lecture en français et en anglais : une page en français et, en miroir, le même texte traduit en anglais.

Le 30 octobre 2197
Nous sommes en automne, Jean est un garde forestier, son champ d’investigation : la forêt de Rambouillet, en région parisienne. Sa relation avec la forêt est passionnelle. Il collectionne tout ce qui s’y rapporte. Il a même de nombreuses photographies papier couleur des terribles conséquences de la tempête de la fin de siècle, en janvier 1999. À cette époque, la forêt avait des proportions minuscules. De nos jours, elle verdit l’ensemble de l’Ouest parisien, faisant sa jonction avec celle de Fontainebleau à Étampes et avec celle d’Orléans à Châteaudun. Les plaines de Brie et de Beauce du siècle dernier avaient disparu. Il semblait difficile de croire que Chartres dominait une immensité de champs cultivés, et ce, à perte de vue et que le dôme verdâtre de sa cathédrale guidait les voyageurs des dizaines de kilomètres à la ronde.
Le monde avait bien changé en 197 ans, ce qui s’appelait France au début du siècle n’était plus qu’une grande forêt, de la Manche aux Alpes, des Ardennes aux Pyrénées.
À l’aube du 23e siècle, l’agriculture appartenait aux fermes de l’union de trois cents hectares chacune. Construites toutes sur la même norme : des édifices de 25 étages, chaque étage constitué d’un plateau d’une superficie de 12 hectares. Ces fermes fournissaient viandes et céréales en suffisance. La viande était presque devenue un gros mot, le monde avait tellement souffert qu’en manger n’était plus dans l’ère du temps.
The Leaf
October 30, 2197
It is autumn. Jean is a forest ranger, and his area of responsibility is the forest of Rambouillet, in the Paris region. His relationship with the forest is a passionate one. He collects everything related to it. He even has numerous color paper photographs of the terrible consequences of the end-of-century storm in January 1999. At that time, the forest was minuscule. Nowadays, it greens the entire western part of the Paris region, connecting with the Fontainebleau forest at Étampes and the Orléans forest at Châteaudun. The Brie and Beauce plains of the previous century have disappeared.
It was hard to believe that Chartres once stood over an immense expanse of cultivated fields stretching as far as the eye could see, and that the verdant dome of its cathedral guided travelers for dozens of kilometers around.
The world had changed greatly in 197 years. What was called France at the beginning of the century had become nothing more than one vast forest, stretching from the English Channel to the Alps, from the Ardennes to the Pyrenees.
At the dawn of the 23rd century, agriculture was concentrated in three-hundred-hectare farming units. All built to the same standard: 25-story structures, each floor consisting of a platform covering 12 hectares. These farms provided ample meat and cereals. However, meat had almost become a taboo word. The world had suffered so much that eating it was no longer fashionable.