VISIONS quand la terre nous parlera

La naissance d’un roman

Visions, quand la terre nous parlera a son histoire et cela a commencé dans la ville de Naples

Comme son titre ne l’indique pas, Visions quand la terre nous parlera est un roman brûlant d’actualité. C’est étonnant comment ce roman à germé dans mon esprit et comment en fait, il s’est imposé. C’est le deuxième roman qui a fait du forcing où je n’avais pas d’autre choix que de l’écrire. Visions est un roman que je n’ai pas choisi de faire, c’est lui qui m’a choisi et tout est parti d’un voyage à Naples.

Je suis allé à Naples visiter la ville sans aucune arrière-pensée littéraire, je ne pouvais pas m’imaginer que j’allais écrire un roman. Un romancier est toujours en alerte, il a toujours à portée de main un bloc note papier ou numérique pour y coucher des idées, des émotions, des informations. On appelle cela un bloc-notes d’écrivain, dedans, il y a tout et n’importe quoi. Aujourd’hui une phrase m’est passée par la tête : Je l’ai mise autour de mon cou. Elle est tombée je ne sais où ? Deux octosyllabes et maintenant, je vais en faire quoi ? Je n’en sais rien, mais je l’ai notée dans mon bloc-notes. Pour écrire quelque chose, il faut s’immerger dans ce que l’on veut écrire, et en ce qui concerne Visions, je ne me suis pas immergé, je me suis noyé

Quand nous nous rendons à Naples, nous ressentons une certaine liberté. La ville est bouillonnante et un peu folle, une anarchie organisée : des usagers de deux-roues sans casque, des voitures garées un peu partout, en simple, en double, voire en triple file, et au milieu de ce désordre déambulent trois policiers dépenaillés, chacun avec une façon différente de porter son arme à la ceinture. À Naples, il y a un acteur omniprésent, vous ne pouvez pas le manquer : c’est le Vésuve. On le voit de partout, il surplombe sereinement la ville.

Il y a aussi Pompéi, désormais aussi neutre que l’Acropole d’Athènes, et la plupart d’entre nous sait ce qui s’y est passé, et même en quelle année cela s’est passé, moi y compris, je ne déroge pas à la règle. Je me suis rendu à Pompéi avec mes certitudes et je n’ai pas été déçu, à croire que j’y étais attendu, et en une journée, tout a basculé.

La journée à Pompéi a été mémorable : 20 km sur le compteur de pas de mon podomètre. Ce qu’il faut retenir, ce sont les concours de circonstances, le hasard, auquel je ne crois pas, qui ont alimenté cette longue, très longue journée. Un romancier d’anticipation transformerait un mascaret sur un fleuve en tsunami. Lors de cette journée, tout a fonctionné à deux cents à l’heure, et ce n’est pas pour autant que j’ai décidé d’écrire. Pourtant, je sentais bien que j’avais beaucoup de matière sous les yeux. Je n’étais pas venu à Naples pour chercher une idée de roman. J’étais un touriste comme un autre, qui marchait là où avaient marché des milliers de gens, et qui déambulait, là où ils étaient morts par milliers. Alors oui, j’ai vu par hasard des choses peu touristiques. J’ai pris conscience des événements. Ce qui est important, c’est ce qui s’est passé les nuits qui ont suivi.

Je suis resté quelques jours à Naples, puis je suis rentré en France. J’ai quitté la ville et son Vésuve, mais lui ne m’a pas quitté pour autant. Il s’est invité dans mes rêves plusieurs nuits d’affilée. Vous pourriez penser que cela a pu être angoissant, mais pas du tout. C’était une présence plus encombrante qu’angoissante, car elle m’empêchait de rêver à autre chose. Chacun a sa méthode : pour ma part, j’écris beaucoup en dormant, et il me monopolisait. Alors, j’ai décidé de l’écouter, et Visions, quand la terre nous parlera a commencé à germer. De son côté, le Vésuve m’a laissé tomber, mais moi, j’ai continué. Je ne l’ai pas lâché, il n’avait qu’à pas appuyer sur le mauvais bouton.

Les mois qui suivirent, j’ai écrit les quarante-sept premières pages de l’aventure, puis j’ai fait une pause de plusieurs mois, plus précisément d’un peu plus d’un an. Pendant ce laps de temps, j’ai travaillé sur Coucou la mort, qui n’est pas une œuvre d’anticipation mais une autofiction. L’autofiction comme l’autobiographie ne suit pas les mêmes mécanismes que l’anticipation, mais il y a tout de même un point commun : dans les deux cas, il existe un terreau sur lequel le roman se construit. Dans le premier, le terreau est la vie de l’écrivain, tandis que dans le second, pour moi, c’est la science. J’ai repris Vision en janvier 2024 et je ne l’ai plus lâché. J’avais un point de blocage à surmonter : j’avais un héros, Luca (sans « s »), mais j’ai compris qu’il me fallait aussi une héroïne, Gina et comme d’habitude, tout cela est venu en dormant.

Je ne vais pas entrer dans le roman lui-même pour ne pas le dévoiler mais rester dans des généralités. Au commencement d’un roman, il faut une idée et je l’avais. Je l’avais reçu sans l’avoir cherché ni demandé. Une situation étrange et très excitante. Il me fallait alors pouvoir jouer avec les suspens, les coups de théâtre, créer de l’émotion et provoquer des ascenseurs émotionnels pendant des centaines de pages. Le chemin était lumineux et comme d’habitude, je ne connaissais pas précisément la fin, elle viendra en son temps. Je savais aussi que j’avais une difficulté à surmonter, plus que pour n’importe quel autre roman, et je n’avais pas, comme Stephen King des assistants pour m’aider. J’étais seul face au Vésuve.

Quand on écrit un roman comme Visions, on se rend rapidement compte que c’est très différent que d’écrire une histoire comme Rencontre à Albi, qui décrit une inimitié farouche entre deux hommes, ou Prédations, qui met en scène une rencontre explosive entre deux mondes. C’est aussi différent d’une autofiction comme Coucou la mort, qui s’appuie sur un vécu romancé. J’ai une grande imagination, une bonne culture générale, je maîtrise des techniques littéraires, et je puise mes idées dans mes rêves, mais pour Visions, tout cela s’est avéré insuffisant. Mes ressources habituelles ne suffisaient plus. Je ne peux écrire un roman d’anticipation qu’à la condition qu’il soit crédible.

S’il ne l’est pas, il ne fonctionnera pas.

Et la crédibilité de Visions puise ses racines dans la science et dans l’histoire que je me devais d’acquérir, de maîtriser, de posséder, de sublimer pour aller au-delà, dans un monde qui n’existe pas, ou tout du moins pas encore, et dans ce monde la terre pourra nous parler et cela sera à nous de l’écouter.

Au cinéma, un acteur va perdre ou gagner du poids pour jouer un rôle, c’est même assez incroyable car nous, quand on veut maigrir, nous avons beaucoup de mal.

Un écrivain c’est la même chose, il peut être en roue libre sur ses acquis, ses connaissances, dans ses habitudes, dans sa zone de confort. Il peut aussi vouloir s’immerger dans un lieu, dans un contexte pour être crédible dans ses écrits. Pour une rencontre à Albi, j’ai été confronté au coma irréversible, il a fallu que je sache de quoi je parlais, il y a un travail journalistique, on doit s’approcher au maximum de son thème.

Pour Visions, il était impossible de vous emmener dans cette aventure sans connaître Naples, Pompéi, le Vésuve et les avoir respirés en vrai.

Par la suite j’ai dû acquérir des connaissances en vulcanologie, en antiquité, en sismologie, en légende, en chèvres et en moutons et en bien d’autres choses que vous découvrirez dans le roman. Et tout ceci a complètement changé mon approche d’écriture.

En tant normal, mon rythme d’écriture est de deux pages par heure et de quatre page par heure pour les dialogues, pour Visions, il avait des heures de recherche, des heures de travail pour noircir une seule page.

Mais cela ne pouvait pas faire un roman, il me fallait de l’humain, beaucoup d’humain.

La naissance des personnages est toujours un moment clé d’un roman, il faut que le lecteur puisse s’identifier. Le rôle du  protagoniste est majeur et son enjeu doit être fort. J’aime qu’il soit entouré de personnages attachants et que ses opposants soient vraiment virulents. Je ne mets jamais beaucoup d’intervenants dans mes romans.

Pour Visions, il y a le héros, l’héroïne, deux personnages secondaires majeurs, des antagonistes et un antagoniste majeur, et des petits rôles qui interviennent, mais comme dans un film, chaque boucle qui est ouverte est fermée dans le roman, ce qui permet au lecteur de ressentir que l’histoire est complète.

Visions a une construction filmique, vous retrouverez dans l’arc narratif des moments clés : climax, Darkest hour , fusil de Tchekhof, coups de théâtre, suspens, ironie dramatique. Le seul élément de la panoplie cinématographique que je n’utilise pas est le coup de chance miraculeux.

Il est temps désormais de vous laisser seul à seul avec Visions quand la terre nous parlera.

Je vous souhaite une bonne lecture.