Je m’étais dit que je n’allais pas prendre le Livre 3, car finir déjà les 525 pages du Livre 2 serait amplement suffisant ; maintenant, je le regrette. J’aurais bien aimé poursuivre cette aventure, mais comme l’impatience n’est pas une urgence, je vais patienter.
Mon esprit s’est arrêté sur ce que j’appelle une pépite : des choses simples, efficaces, cinématographiques. Je m’attache beaucoup à cela dans mes romans ; je trouve que c’est essentiel. Et Murakami, lui, est un maître en la matière.
Aujourd’hui, je n’écris pas, ou du moins, pas de romans, mais le scénario d’une rencontre à Albi. Cela me prendra une bonne partie de l’année 2025 avant que je ne me mette à écrire Les Élus.

49. EXT. PARC ROCHEGUDE – SOIR
Cécile est assise seule sur un banc. Son visage trahit une légère tristesse. Dans un cône d’ombre, sous un lampadaire, une silhouette s’avance lentement vers elle.
ANDREA
(doucement, presque un murmure)
Bonsoir.
Cécile se retourne brusquement. Andréa est en contre-jour, elle le reconnaît. Le visage de Cécile s’éclaire.
CÉCILE
(comme dans un souffle)
Andréa…
ANDREA
Oui, Cécile. Je suis content de te revoir. Il faut qu’on parle.
CÉCILE
(toujours assise sur son banc, Cécile regarde droit devant elle en esquissant un sourire)
C’est étrange… J’ai des images floues d’une soirée agréable mais rien de bien précis. Comme si tout m’échappait dès que j’essayais de m’en souvenir.
ANDREA
Moi, je me souviens de tout. Quelqu’un t’a droguée, j’en suis sûr.
CÉCILE
(sous le choc)
Droguée ? Pourquoi ? Par qui ? Donc… je n’ai jamais été ivre à oublier ?
ANDREA
Non. Je te le confirme.
Pause.
ANDREA
Vendredi dernier, tu m’as encore fait le coup de la chaise vide. Je n’y ai pas cru et j’ai couru après toi. Je t’ai retrouvée titubante, au bras d’un homme.
Andréa marqua une pause. Cécile fronce les sourcils, incrédule.
ANDREA
Je vous ai suivis jusqu’à ton immeuble, rue Tendat. Il t’a déposée à l’intérieur de ton appartement. J’ai écouté à ta porte. Tu respirais… très fort.
CÉCILE
(hésitante)
Respirer très fort ? Mais comment était cet homme ?
ANDREA
Je ne pourrais pas le décrire précisément, mais il y a une chose étrange… Il était habillé comme moi.
CÉCILE
Qu’as-tu fait ?
ANDREA
Je suis parti à sa poursuite. Je l’avais presque rattrapé, mais il a heurté le rétroviseur d’une voiture. Une voiture de police. Les policiers sont sortis… J’ai dû abandonner..
CÉCILE
(insistante)
Tu aurais dû le dénoncer !
ANDREA
(la coupant, avec gravité)
Je ne voulais pas me faire remarquer.
Un silence, Andréa hésite, Cécile attend.
ANDREA
je viens de sortir de prison, c’est une longue histoire mais c’est du passé.
Un silence suspendu. Cécile ouvre grand les yeux, figée.
CÉCILE
(Dans un murmure)
De prison ?
ANDREA
(doucement)
Cécile, je veux te revoir mais cette fois, sans que tu ne m’oublies.
CÉCILE
Tu viens de sortir de prison… et tu veux qu’on se voie ? Où ?
ANDREA
Je te le dirai mais avant il faut que je fasse quelque chose d’important. Laisse-moi un peu de temps.
Cécile réfléchit puis hoche lentement la tête.
ANDREA
Ne t’inquiète pas. Je ne te cacherai rien.
Andréa recule doucement et disparaît. Cécile reste sur son banc sous le coup de la stupeur et de l’émotion, perdue dans ses pensées. Elle finit par se retourner.