N’hésitez pas à écrire votre version, je la partagerai sur mon blog d’écrivain comme je le fais aujourd’hui.
Haruki Murakami raconte l’histoire d’une souris qui rencontre un chat végétarien, je me suis essayé au même exercice et nous avons reçu une nouvelle contribution sur ce thème que vous pouvez lire ci-dessous:
Une autre façon d’aborder l’Etrange est un recueil de nouvelles qui s’inscrit dans cette veine.
Version Alain, Allmendinger
Dans un vieux grenier rempli de poussière et d’histoires oubliées, vit une petite souris grise. Elle est vive, maligne, mais surtout très prudente. Chaque soir, elle sort de sa cachette pour grignoter quelques miettes de pain sec ou une carotte oubliée. Mais ce soir-là, alors qu’elle court le long d’une poutre, elle glisse sur des épluchures de pomme de terre et tombe droit devant… une paire d’yeux verts scintillants. Un chat! Un immense chat roux, aux moustaches frémissantes et à la queue battante. Elle ferme les yeux, certaine que sa dernière heure est arrivée. Mais au lieu de crocs acérés, c’est une voix douce qui s’élève.
-Oh, tu n’as rien ? Désolé, je ne voulais pas te faire peur.
La petite souris ouvre un œil, puis l’autre. Le chat n’a pas l’air féroce du tout.
– Tu… tu vas me manger? bredouille la souris.
– Oh non, je suis un chat végétarien. Je ne mange ni viande ni souris, je me contente de quelques légumes.
Pendant une semaine, ils sont presque amis. Mais une nuit, la petite souris sent un souffle chaud dans son dos. Le chat est là, proche. Ses yeux brillent d’un autre éclat. Il veut jouer. Elle court, et il la poursuit, tranquille, savourant chaque seconde de cette danse. Espiègle, il l’entraîne sur son terrain de jeu. Le piège se referme. Acculée, elle glisse sur une longue planche inclinée, ou salades, et épluchures sont savamment disposées. Prenant de la vitesse, le chat essaye de la rattraper avec sa patte. Ne sentant pas sa force, ni la fragilité de la petite souris, il amplifie sa chute dans un geste trop brusque. C’est la tête de la souris qui heurte en premier l’angle de la poutre. Un violent craquement se fait entendre. Dans un dernier souffle, elle lui dit :
– Je vais mourir. Tu m’as tué. Je n’aurais pas dû te faire confiance.
– Mais je voulais juste jouer un peu, je suis un chat et je me suis laissé emporter. Je vais quand même te ramener à mon frère, c’est son anniversaire. Tout n’est pas perdu, tu seras son cadeau.
Rencontrer un chat végétarien n’a jamais été une chance. Juste une lente malédiction.
Version Bruno Le Guen
Une nuit une souris entre dans une cuisine. À cette heure, elle pense qu’elle ne risque rien. Elle se dirige vers le garde-manger. Elle y distingue la masse sombre de deux paniers, et de l’un deux, dépassent des fanes de carottes. Elle se précipite vers les paniers quand tout à coup, l’un des paniers se rue sur elle et la plaque au sol avec une patte toute griffue. Elle se dit que mourir tuée par un panier de légumes serait une bien triste de mort. Le panier lui chuchota quelque chose à l’oreille. La masse sombre n’était qu’un chat, mais pas n’importe quel chat : un chat végétarien, et c’est pour les carottes qu’il était là.
– Tu es un chat végétarien, s’exclama-t-elle, alors je ne risque rien.
– Je ne mange pas de viande, juste des légumes.
– Alors je suis sauvée !
– En principe.
– Mais pourquoi, en principe ?
– Je n’ai pas fait mon coming-out, et tu sais, être un chat végétarien est très dur à vivre. Dans le monde des félins, on n’aime trop ceux qui ne font pas comme les autres. Et si en plus, vous les souris, vous veniez à en parler. Je suis vraiment désolé, cela doit rester entre nous. Je ne vais te manger, je vais te tuer.
Le chat joignant la griffe à la parole égorgea la petite souris.
Version originale page 115 et 116 1Q84 Livre 2 Haruki Murakami


