Une nouvelle contributrice sur ce thème de chat végétarien.
Vous pouvez jouer également, n’hésitez pas à écrire votre version, je la partagerai comme je le fais aujourd’hui.
Haruki Murakami raconte l’histoire d’une souris qui rencontre un chat végétarien et nous rebondissons sur le sujet.
Une autre façon d’aborder l’Etrange est un recueil de nouvelles qui s’inscrit dans cette veine.
Version de Sylvie Pharisien
Cachée au fond d’un trou derrière une plinthe de la cuisine, cela faisait longtemps que la petite souris regardait cet étrange chat. Il venait régulièrement grignoter dans sa gamelle ce que sa maîtresse lui donnait de ses restes de repas. La maîtresse était végétarienne, donc le chat semblait l’être aussi. Très étrangement, il semblait trouver cela à son goût se léchant les babines de son festin de carottes râpées et de céleri rémoulade. N’y tenant plus, la petite souris finit par sortir de sa cachette et précautionneusement vint se poster à distance respectueuse du chat et posa la question qu’elle avait sur les lèvres :
– Manges-tu des souris en dehors de la cuisine ? ou des oiseaux ?
Le chat la regarda, tout d’abord étonné puis amusé. C’était bien la première fois qu’une souris se risquait à venir le voir. Il répondit :
– Non, je n’ai pas l’estomac pour cela, ma maîtresse m’a nourri de légumes et de fruits depuis que je suis sevré, je suis végétarien ! oui, complètement végétarien !
– Tu ne me feras pas de mal si je m’approche de toi » demanda la souris.
– Je m’ennuie, mes copines tremblent au fond de leur trou et moi j’ai envie de sortir ! »
– Mais non, je ne te ferai pas de mal et moi aussi je m’ennuie. Les autres chats ne m’aiment pas : je suis différent. Si nous jouions ensemble ! Mais tu as des petites pattes et tu cours moins vite que moi, monte sur mon dos. Je vais te faire découvrir le monde !
La petite souris s’enhardit et grimpa sur le dos de ce si gentil chat.
Ce drôle d’équipage partit tranquillement sur les trottoirs de la ville sous les regards des passants et des autres chats. La petite souris était toute fière : elle aurait tellement à raconter à ses copines. C’était bien la première fois qu’elle voyait les paysages de si haut. Vraiment de très haut… très, très haut…. Mais que se passait-il ? Le gentil chat, de petits bons en petits bons, s’était retrouvé sur le toit de la maison voisine dont l’occupant, un gros chat orange avec une oreille à moitié arrachée ne l’entendait pas de cette manière. Profitant d’une fenêtre entrebâillée, il se retrouva sur le même toit, tout hérissé, face à nos deux amis. Voyant que cela allait tourné vinaigre, la petite souris sauta du dos de son chat sur les tuiles glacées par le froid de la nuit précédente. Elle se mit à glisser ne trouvant rien lui permettant de se retenir et finit par tomber sur la terrasse en dessous d’elle.
Les deux chats regardèrent cette chute, l’un, attristé, et l’autre ricanant. Elle voyait les deux têtes de chat, 6 mètres au-dessus d’elle. Elle savait qu’elle allait mourir. Non, sans regret, elle se dit qu’elle aurait pu réfléchir à la préparation de cette aventure. Il n’y avait pas d’urgence. Mais elle se dit aussi qu’elle était une pionnière et qu’il n’y avait dans la vie aucune avancée sans risque. Ses yeux se fixèrent à ceux de son chat. Dans une dernière respiration, elle rêva de ses copines racontant à leurs enfants « Les aventures de Sophie la souris qui mourut à dos de chat » et mourut heureuse de cette notoriété posthume.
Version d’Alain, Allmendinger
Dans un vieux grenier rempli de poussière et d’histoires oubliées, vit une petite souris grise. Elle est vive, maligne, mais surtout très prudente. Chaque soir, elle sort de sa cachette pour grignoter quelques miettes de pain sec ou une carotte oubliée. Mais ce soir-là, alors qu’elle court le long d’une poutre, elle glisse sur des épluchures de pomme de terre et tombe droit devant… une paire d’yeux verts scintillants. Un chat! Un immense chat roux, aux moustaches frémissantes et à la queue battante. Elle ferme les yeux, certaine que sa dernière heure est arrivée. Mais au lieu de crocs acérés, c’est une voix douce qui s’élève.
-Oh, tu n’as rien ? Désolé, je ne voulais pas te faire peur.
La petite souris ouvre un œil, puis l’autre. Le chat n’a pas l’air féroce du tout.
– Tu… tu vas me manger? bredouille la souris.
– Oh non, je suis un chat végétarien. Je ne mange ni viande ni souris, je me contente de quelques légumes.
Pendant une semaine, ils sont presque amis. Mais une nuit, la petite souris sent un souffle chaud dans son dos. Le chat est là, proche. Ses yeux brillent d’un autre éclat. Il veut jouer. Elle court, et il la poursuit, tranquille, savourant chaque seconde de cette danse. Espiègle, il l’entraîne sur son terrain de jeu. Le piège se referme. Acculée, elle glisse sur une longue planche inclinée, ou salades, et épluchures sont savamment disposées. Prenant de la vitesse, le chat essaye de la rattraper avec sa patte. Ne sentant pas sa force, ni la fragilité de la petite souris, il amplifie sa chute dans un geste trop brusque. C’est la tête de la souris qui heurte en premier l’angle de la poutre. Un violent craquement se fait entendre. Dans un dernier souffle, elle lui dit :
– Je vais mourir. Tu m’as tué. Je n’aurais pas dû te faire confiance.
– Mais je voulais juste jouer un peu, je suis un chat et je me suis laissé emporter. Je vais quand même te ramener à mon frère, c’est son anniversaire. Tout n’est pas perdu, tu seras son cadeau.
Rencontrer un chat végétarien n’a jamais été une chance. Juste une lente malédiction.
Version de Bruno Le Guen
Une nuit une souris entre dans une cuisine. À cette heure, elle pense qu’elle ne risque rien. Elle se dirige vers le garde-manger. Elle y distingue la masse sombre de deux paniers, et de l’un deux, dépassent des fanes de carottes. Elle se précipite vers les paniers quand tout à coup, l’un des paniers se rue sur elle et la plaque au sol avec une patte toute griffue. Elle se dit que mourir tuée par un panier de légumes serait une bien triste de mort. Le panier lui chuchota quelque chose à l’oreille. La masse sombre n’était qu’un chat, mais pas n’importe quel chat : un chat végétarien, et c’est pour les carottes qu’il était là.
– Tu es un chat végétarien, s’exclama-t-elle, alors je ne risque rien.
– Je ne mange pas de viande, juste des légumes.
– Alors je suis sauvée !
– En principe.
– Mais pourquoi, en principe ?
– Je n’ai pas fait mon coming-out, et tu sais, être un chat végétarien est très dur à vivre. Dans le monde des félins, on n’aime trop ceux qui ne font pas comme les autres. Et si en plus, vous les souris, vous veniez à en parler. Je suis vraiment désolé, cela doit rester entre nous. Je ne vais te manger, je vais te tuer.
Le chat joignant la griffe à la parole égorgea la petite souris.Version originale page 115 et 116 1Q84 Livre 2 Haruki Murakami



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